Créer un blog Présentation

Nom du blog :
oasis
Description du blog :
Blog littéraire et artistique
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
20.07.2006
Dernière mise à jour :
20.07.2006
RSS

Rubriques

>> Toutes les catégories <<

Navigation

Accueil
Livre d'or oasis
Créer un blog
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !
Mes blogs et sites préférés

Billets les plus lus

· Kilito, ou le chantre mélancolique
· Point de vue sur la Critique littéraire au Maroc
· La mémoire débridée

Statistiques



Recherche personnalisée

Derniers commentaires

RSS

Autres blogs à visiter :

· minnie02
· ange94
· marvin175
· welcometomouffland
· cepsartetcepages
· hairytrees
· renautertre
· francisleboss
· cabalpronos2
· azmonden



La mémoire débridée

Posté le 20.07.2006 par oasis

La mémoire relève parfois de la rébellion. On a recourt à elle, en contre partie de l’oubli ; c'est ainsi qu'elle s'apparente à la dénonciation de certains agissements. Elle fonctionne souvent, sous la plume d'un auteur aguerri, en guise de suite logique d'un mécanisme intellectuel qui, une fois déclenché, fait resurgir incessamment les événements antérieurs. Je pense à tous les auteurs maghrébins dont les œuvres littéraires sont le fruit d'une mémoire, la plupart du temps meurtrie par le passé. Et c'est en cela qu'elle relève de la rébellion et de la contestation. Mon entreprise donc s'inscrit dans ce cadre là.

Au cours d'un exercice mnémonique habituel, armé de mon stylo à encre et affichant un air digne des grands auteurs, je finis par trouver la voie de l'inspiration, après maintes ratures. J'écrivis enfin quelques lignes ou ce qui me semblaient en être. Le sujet qui fuse des confins de ma mémoire a trait à la lecture. C'est d'ailleurs un sujet qui me tient toujours à cœur. Je me souviens, à ce propos, que cette dernière était mon passe temps de prédilection, à tel point que l'on ne me voyait presque jamais sans un livre à la main. Je vouais une passion inégalable à la langue de Molière, si bien que j'aurais préféré être né français pour pouvoir la parler naturellement. Je garde encore à l'esprit cette manie que j'avais, tout petit, de flairer les livres et de les serrer dans mes bras, comme s'ils pouvaient me donner le souffle créateur ou comme pour me renseigner sur les auteurs dont ils constituent un support magique. Mon amour exclusif pour les livres d'expression française était né de l'estime que je portais à mes instituteurs de français. Ils incarnaient pour moi, l'ordre, le savoir, la gentillesse, et la diplomatie. Autant mon amour pour la langue française grandissait, autant ma haine pour la langue d'Al jahiz s'accentuait et prenait une forme de récusation avérée. Ce fut la conséquence naturelle des sévisses corporels que nous subissions, mes camarades et moi, de la part des instituteurs arabophones. En cours d'arabe, la diplomatie faisait place à la ‘répression' et à la violence. La moindre faute était prétexte à une sanction disproportionnelle et exorbitante. En contre partie à cette brutalité non justifiée, mes lectures en français compensaient celles en arabe, réduites à quelques unes imposées par les programmes d'enseignement.

Le fil conducteur de ma mémoire s'arrêta à certains moments moroses. Elle évoqua les instituteurs responsables des tortures infligés à toute une génération, entre autres, Monsieur Meliani et Monsieur Zaki. Le premier, svelte et ferme ; le second gros, rond et costaud. Je vous avoue que je ne garde aucune rancune vis-à-vis de mes « tortionnaires ». Tenez, l'autre jour, à Rabat, je me trouve, par pur hasard, nez à nez avec M. Meliani, vingt-huit ans après. Toujours alerte, le teint hâlé hiver comme été, le temps ne semble guère l'affecter. Je m'approchai de lui et me présentai souriant. Il me serra la main, me contempla un moment et me demanda ce que je devenais. Quand il apprit que je suis devenu instituteur / tortionnaire comme lui, il me serra la main une deuxième fois, sans que le sourire, inhabituel, le quitta. Impressionné par son gabarit, je me dis qu'il est toujours bon pour l'exercice de ses fonctions de persécuteur. Nous évoquions alors nos peines et nos joies dans l'école Saint Sidi Ben Acher et chacun s'était confié à Dieu pour demander le châtiment de son oppresseur : lui de nous, nous de lui. Cette rencontre fut une sorte de réconciliation, d'aveux mutuels, à l'image de celle que nous avons connue ces derniers jours. Nous aussi, élèves de l'école Saint Sidi Ben Acher, avions connu les années de plomb. Mon « tortionnaire », qui est devenu directeur d'école primaire, me salua et fendit dans la foule, à l'instar des vrais bourreaux des années de plomb qui courent toujours sans châtiment.

Nul doute que vous croyez que j'use de parabole en comparant ma situation à celle des séquestrés des années noires. Certes, il y a une différence nette. Cependant, quels qualificatifs donneront-nous aux actes commis par ces instituteurs sur des enfants de bas âges, sous prétexte de leur inculquer le savoir ?

Les tortures étaient multiples et variées. En fait cela dépendait du maître qui les pratiquait. M. Meliani était plus boxeur, alors que M. Zaki était plus catcheur. Vous pouvez imaginer le sort d'un enfant entre les mains de l'un deux. M. Meliani affectionnait la sempiternelle falaqa des fqihs. La prétendue victime introduisait ses pieds dans le pupitre, et on les attachait avec une ceinture prêtée, à contre ceux, par un élève. En suite, assis à la même table, un traître tirait de toutes ses forces pour empêcher l'élève de se débattre. Tuyau à la main, et avec un sadisme effrayant, celui qui a failli être prophète se délectait à rosser de coups les pieds nus de l’ange. M. Zaki, lui, adorait les punitions propres aux prisonniers de guerre. Sa technique ne laisse pas de traces, elle consistait en ce qui suit : accroupis, l'un près de l'autre, à quelques centimètres du mur, nous devions attraper nos oreilles, en passant les mains, d'un côté comme de l'autre, sous les jambes. Une position très difficile. De temps à autre, car cela durait parfois plus de deux heures, le maître s'assurait que ses ordres sont exécutés. Les manquants aux directives se voyaient arrachés du sol pour atterrir quelques centimètres plus loin, par un violent coup de pied. Et quand le maître daigne lever la sanction, nous regagnions nos places en titubant, pétris de douleurs et mouillés de sueur, sous les rires sarcastiques du persécuteur et de certains élèves privilégiés. Un jour, après avoir subi ce supplice, et non content de son aboutissement, M. Zaki m'ôta du sol par une arrachée propre aux haltérophiles, me hissa haut et me laissa chuter le long de sa taille. Le choc fut terrible. Le jour suivant, les élèves retraçaient la mésaventure d'une autre victime. Cette fois-ci, elle fut féminine. Une pauvre fillette fut tellement frappée par M.Zaki sur les fesses qu'elle pissa dans ses vêtements.

Dans cette école, chaque instituteur est assimilé à une pratique punitive : M. Benaboud, la courroie de motocyclette, M. Mechouat, coups de compas sur les bouts des ongles, le matin de préférence. Quant à M.X, dont je ne me rappelle pas le nom, il aimait à tirer les mamelles des élèves, garçons et filles. Tous mes camarades croyaient difficilement que ces punitions étaient la seule conséquence de leur paresse, d'autant plus que nous n'étions pas des élèves difficiles. Combien même nous l'aurions été, rien ne justifiait ces méthodes drastiques.

Hélas, voilà où ma mémoire débridée me mena. J'aurais préféré taire cet épisode de ma vie, mais je trouve judicieux de exprimer haut et fort ce que bon nombre de gens pense tout bas. N'est-ce pas la mémoire est rebelle ? D'ailleurs, c'est une
réalité que j'ai vécue. Messieurs les instituteurs, sans rancune.

Hazbi Abde@hotmail.com[/b]



--

Point de vue sur la Critique littéraire au Maroc

Posté le 20.07.2006 par oasis

Par Hazbi Abdellah

Au Maroc, la relation entre l’écrivain et le critique littéraire est empreinte de complaisance et de bienveillance mutuelle, loin de toute impartialité. Désormais, c’est une critique de complaisance qui sévit et qui a une configuration de réseaux binaires : tel critique sympathise avec tel écrivain et tel écrivain, poussé par le lien de amitié, cite devant les médias un critique inconnu dont ’il vante les mérites. C’est à la télé que se manifeste cette complaisance pragmatique, dans les émissions pseudo-littéraires, où on invite l’écrivain et son "double", c’est à dire le critique. Quand celui-ci prend la parole, et alors qu’on s’attend à une analyse littéraire de l’œuvre de son hôte, ce dernier ne tarit pas sur les qualités humaines de l’écrivain, en versant dans un discours élogieux. Je n’ai jamais digéré le fait, qu’à une séance de présentation d’un recueil ou d’un roman, qu’un auteur s’accompagne d’un critique pour baptiser son nouveau-né. Sans aucun doute, il y a de la complaisance dans l’air et de la connivence. Le critique invité, pourrait-il déceler devant les auditeurs les imperfections de l’œuvre, car toute œuvre n’est pas parfaite ? Assurément, non. Et même si un critique daigne émettre ses jugements en bonne et due forme, on assiste à une critique dogmatique, extratextuelle, dénuée de toute immanence. Il est sûr que ce n’est pas avec cette pratique que notre critique littéraire pourra jouer son rôle de garante de la bonne production artistique et littéraire…


Kilito, ou le chantre mélancolique

Posté le 20.07.2006 par oasis

Quand l’envie de produire quelque littérature s’empare de moi, je me trouve en peine de pouvoir trouver le gîte à mes pensées rebelles. Force est de constater que la blancheur vierge de la feuille avorte toute tentative de fixer par écrit les scènes de la vie. Cependant, cet état de blocage ne dure pas longtemps ; il se dissipe rapidement et le stylo auparavant stérile, se mue en une profusion discursive étonnante. Je me mets diligemment à l’exercice de retracer une période qui m’est chère. A cet égard, je me rappelle ces dimanches où, cloué aux comptoirs de la boulangerie gérée par mon père. Je subissais une injustice paternelle qui me vouait au labeur. Ma fureur était intense et se manifestait sous forme d’injures exprimées silencieusement. Résigné, j’affichais une mine morose et lugubre. Je devais être ailleurs, en train de botter le ballon avec mes amis ou encore d’aller à la plage un jour d’une étouffante canicule. Non, rien de cela ! Mon père croyait que le travail est indispensable pour parer aux déboires que pourrait entraîner une mauvaise fréquentation. Pourquoi encourrait-il le risque de me voir dans la débauche ? Il était convaincu que le travail rend l’homme responsable vis-à-vis des exigences de la destinée.
Loin de moi l’idée de faire le procès de l’injustice paternelle, au contraire, je crois plus que jamais qu’elle me fut d’une grande aide ; d’ailleurs mes goûts et mon penchant pour la langue française se sont forgés à partir de cette période.
Mon rôle dans la boulangerie consistait à remplacer un ouvrier en repos le dimanche ; je vendais le pain et autres produits qu’on trouve habituellement dans une boulangerie. Cette tâche me mettait en contact avec des gens de toute sorte, les bons, les mauvais et les truands. J’étais devenu connaisseur dans l’espèce humaine, car je pouvais distinguer facilement à quel genre appartient tout nouveau venu dans la boulangerie. Quant aux clients habituels, je me dispensais de les dévisager et de me faire des supputations à leurs propos ; je les connaissais si bien qu’ils constituaient un simple détail monotone parmi d’autres.
Un dimanche, alors que je finissais de servir un client, un monsieur s’avança et me demanda un croissant et une baguette. Sa requête fut d’une manière on ne peut gentille. Il y’avait dans cet homme une espèce de sacralité que je n’ai pas pu expliquer que des années plus tard, à cause de sa façon de parler et de se tenir, en attendant d’être servi par les ouvriers. Tout spécialiste de l’espèce humaine que j’étais, je ne pouvais guère élucider le mystère qui entoure ce monsieur . Je servais cet homme chaque dimanche ; il se vêtait souvent d’une fine djellaba grise froissée, une cigarette à la bouche que circonscrit une fine barbiche noire. Ses yeux régulièrement mi-clos à cause de la fumée qui se dégageait de la cigarette. Je demeurai fasciné par cette personne dont je ne connaissais rien, mais dont l’allure et une certaine étrangeté m’attirait à lui. C’est dans cet esprit de curiosité candide que j’appris, par un ouvrier, que le monsieur en question était professeur à l’université de Rabat, qu’il se nommait Kilto et qu’il écrivait des livres en français. Partant, l’estime que je portais à ce monsieur doubla et m’accula à lire et à découvrir la littérature française ; car je croyais incontestablement que la langue qu’il employait dans ses écrits était à l’origine de son comportement pacifiste et résigné. Je pense alors à mes maîtresses d’école primaire qui ne nous battaient pas et se comportaient avec nous comme avec des adultes, alors que leurs collègues de langue arabe nous mettaient à rude épreuve. Kilito m’intriguait par son allure, par sa nature d’homme distrait et pensif, on dirait un chantre mélancolique qui sillonne les rues nonchalamment.
Quelques années plus tard, je m’inscrivis au département de langue et de Littérature françaises de la faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat. Je découvris enfin Kilito l’enseignant et l’écrivain et j’eus, par la même occasion, des réponses à tant de questions qui restèrent en suspens pendants des années.

hazbiabdel@hotmail.com





Ce blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus